Accueil
du site picard
Ch'Lanchron


Lire, écouter
ou écrire...
...le picard !


Activités de
l'association
Ch'Lanchron


Les éditions
en picard
de Ch'Lanchron


Langue picarde
Littérature
Les liens


Abonnez-vous à

Ch'Lanchron
éch jornal picard


Le trimestriel tout en picard depuis 1980




Alouétte, gintille alouétte
Alouette, gentille alouette
Eugène Chivot
Parler picard de Buigny-lès-Gamaches, Somme (Vimeu)
Texte publié en 1972 dans le recueil "Pur jus" (épuisé).
Enregsitré en 1997 par l'auteur.

Publié dans Ch'Lanchron n°57 ©1994
Pour écouter le texte, cliquez ici. Traduction littérale en français de Jean-Luc Vigneux

À eune pieuté liue d'cho'f frontière chécoslovaque
Oz étouéme, in Eutriche, condamnès à torneu,
Pour chonq énèes d'afile, autour éd nos baraques,
Conme des bétes in pature sans hérbe à rumineu.

Din chés piéches à l'intour, j'érbéyouos leus luzérnes
Et pi leus blès minabes in terrain mérlonneux.
Qué plaisi d'vir él vint déhanseu leus lantérnes,
Eune forte orage fairtchir pi noéyeu leus houvieus !

Un coup, ch'étouot in quarante-deux, à moins d'vingt métes
Éd leu sale mirador aveuc ses tchiens maouais,
J'ai vu, din l'bleu du temps, monteu eune alouétte.
J'én l'attindouos point leu, mais n'l'oblierai janmoais.

Al sifflouot in picard, étouot à s'y méprènne,
Conme évnue d'no poéyi, pour nous, diréctémint ;
A sortouot d'sin gaviot, sans qu'al euche à s'érprènne
Pour érgrimpeu d'pu belle au bout d'un piot momint.

Mi, j'n'intindouos pus qu'ÉLLE : al étouot fin heureuse,
D'un bonheur, pour nous eutes, si loin houlè, grand Diu !
J'obliouos : barbelès, miradors, mitrailleuses.
Pour émiu ll'acouteu, j'ai frémè mes deux zius.

Mais du coup, qué concért au-dsu d'no térritoére
Doù qu' j'érvoéyouos Boégny anichè dins sin gron !
Tout partout, chl'alouétte a no préchouot victoére
Dpi là beus chés "Quate Abes" jusqu'à chu "Bos d'Bieumont".

«Tant qu'o porons canteu, qu'al écminchouot pèr dire,
Qu'i no tchittront couveu chés œus qu'oz ons pondus,
Méme si a sanne alleu, pèr momints, d'pire in pire,
Ami, tu peux m'in croére, i n'y éra rien d'pardu.»

Al érouot peu noz éte invoéyèe d'lngletérre
A n'érouot point miu foait, à un momint péré,
Piot reste éd libèrtè obliè pèr la djérre,
Au pieu d'un mirador aveuc ses tchiens maouais.

À une petite lieue de la frontière tchécoslovaque,
Nous étions, en Autriche, condamnés à tourner,
Pour cinq années consécutives, autour de nos baraques,
Comme des bêtes au pâturage sans herbe à ruminer.

Dans les champs des environs, je regardais leurs luzernes,
Et leurs pauvres blés sur des terrains crayeux.
Quel plaisir de voir le vent démancher les lanternes,
Et un gros orage mouiller et noyer leurs javelles !

Un jour, c'était en quarante-deux, à moins de vingt mètres
De leur sale mirador avec ses chiens méchants,
J'ai vu, dans le bleu du ciel, monter une alouette.
Je ne l'attendais pas là, mais ne l'oublierai jamais.

Elle sifflait en picard, c'était à s'y tromper,
Comme venue de notre pays, pour nous, directement ;
Elle sortait de sa gorge, sans qu'elle doive se reprendre,
Pour regrimper à nouveau au bout d'un petit instant.

Moi, je n'entendais plus qu'ELLE : elle était bien heureuse,
D'un bonheur, pour nous autres, si loin repoussé, grand Dieu !
J'oubliais alors : barbelés, miradors, mitrailleuses.
Pour mieux l'écouter, j'ai fermés les deux yeux.

Mais alors, quel concert au dessus de notre territoire
Où je revoyais Buigny-lès-Gamaches blottit dans son giron !
Partout, l'alouette nous prêchait victoire,
Depuis les "Quatre Arbres" là haut, jusqu'au "Bois de Beaumont".

« Tant que nous pourrons chanter, qu'elle commençait par dire,
Qu'ils nous laisseront couver les œufs que nous avons pondus,
Même si cela semble aller, parfois, de pire en pire,
Ami, tu peux me croire, i n'y aura rien de perdu.»

Elle aurait pu nous être envoyée d'Angleterre,
Ça n'aurait pas fait plus d'effet, à un tel moment.
Petit morceau de liberté oublié par la guerre,
Au pied d'un mirador avec ses chiens méchants.




Eugène Chivot, le 3 avril 1993 à Abbeville, jour de la sortie de son quatrième recueil de textes picards : "Rinchétte".


BIOGRAPHIE D'EUGÈNE CHIVOT


Eugène Chivot est né le 29 mars 1901 à Buigny-lès-Gamaches, dans le Vimeu. Ses parents y tenaient le "Café du Progrès". Sa mère, Philoméne, sera la doyenne du village. Elle mourut à Abbeville, à l'âge de 103 ans.
Élève de l'école communale, il vénère son maître, M. Verlant, qui l'a présenté à l'École Normale, et qui a ainsi joué un rôle déterminant dans sa carrière..
Trois ans d'École Normale à Rouen, suivis d'une quatrième année d'études supérieures à Caen précédent sa carrière de professeur au Lycée de Rennes en 1924, puis à Abbeville à partir de 1925. Jusqu'en 1965, il enseigne les Sciences Physiques (avec cinq années d'interruption dues à la captivité). De son mariage en 1925 avec Jeanne Desjardin, une picarde, naquirent deux filles Claudine et Francine. Son vieux maître lui a également transmis le virus de la communication par l'écriture. En 1936, sa pièce de théâtre est inscrite au programme du "Poste Parisien". En 1937, il publie son premier roman. En 1965, il obtient le Premier Prix de poésie française à la Société des Poètes et Artistes de France. En 1968 il obtient le Prix Lamartine pour son recueil "Croisée des Chemins"..
Il a parlé le picard jusqu'à l'âge de 16 ans, et y reprend goût à l'heure de la retraite, grâce à Gaston Vasseur, son maître à penser dans le domaine, qui avait succédé à Buigny-lès-Gamaches au poste de son instituteur. Il est donc présent dès les premières réunions du groupe des "Picardisants du Ponthieu et du Vimeu", en 1967..
C'est ainsi qu'à ce contact, il se met à écrire des textes (scènes vécues, histoires, poésie) publiés dans la presse locale, ou dans des recueils (dont le premier est "Pur Jus", en 1972). Ensuite, il signera sa production picarde du surnom Ugéne éd Boégny-à-Raques, en hommage à son village natal.
En 1984, il se rend chez sa fille Francine, à Chicago. Ex-professeur d'anglais à Boulogne-sur-mer, elle a choisi de vivre comme Petite Sœur de Jésus, pauvre parmi les pauvres. Elle partage son travail et sa peine avec la population d'un ghetto de 300 000 noirs. Le récit de ce séjour sera publié en picard sous le titre "Un voéyage point ordinaire in Amérique". Avec Claudine, la seconde fille, il découvre, voyageur infatigable, d'autres régions du monde (la Turquie, l'Espagne, la Tunisie, l'Allemagne,...).
À la suite de Gaston Vasseur, puis d'Armel Depoilly, il préside à la destinée des "P.P.V.". Les membres de l'association se retrouvent chaque deuxième mercredi du mois, à Abbeville. Animateur sans relâche, il réalise de méticuleux enregistrements des auteurs présents.
Pendant trois années (1986-1988), il présente une chronique radiophonique sur Fréquence Somme (radio locale abbevilloise), où sont rediffusées les histoires de ses amis picardisants.
Il devait décéder centenaire, le 23 avril 2001. Eugène Chivot fut également vice-président de la Société de Linguistique Picarde, à Amiens.

BIBLIOGRAPHIE D'EUGÈNE CHIVOT


En français


En picard



Eugène Chivot fut le président du groupe des "Picardisants du Ponthieu et du Vimeu".
Cette association se réunit chaque second mercredi du mois, à 14 h 30, à Abbeville, au CM-17, bâtiment 9, 82 rue Saint-Gilles (salle au rez-de-chaussée)
Les Picardisants accueillent les conteurs, les auteurs, et les auditeurs depuis 1967.
Consultez la liste des contributions d'
Eugène Chivot à la revue Ch'Lanchron !




Bon de commande

(à retourner par
voie postale, accompagné de son règlement)


Nom, prénom :
Adresse :
Code postal et ville :
E mail :

  • Je commande le recueil picard d'Eugène Chivot "Rinchétte"
    Ci-joint le règlement :
    16,50 euros (port inclus)
  • Je commande le récit d'Eugène Chivot "Un voéyage point ordinaire in Amérique"
    Ci-joint le règlement :
    5,50 euros (port inclus)

Règlement par chèque (bancaire ou postal) à l'ordre de "Ch'Lanchron"
(CCP : 1 847 88 B Lille)


Renseignements : Envoyer un courriel à Ch'Lanchron

©1999
Retour à l'en-tête de cette page


Mise à jour le 18-5-2006


Rapasse à no moaison ! (retour au sommaire)